La famille dysfonctionnelle
La famille dysfonctionnelle
« Souvent ne te laisse pas de bleus… mais elle façonne toute ta vie. »
Il y a des violences qu’on reconnaît tout de suite.
Celles qui font mal au corps.
Celles qui laissent des marques visibles.
Celles dont on parle plus facilement.
Et puis il y a celles dont on ne parle presque jamais.
Parce qu’elles ne crient pas.
Parce qu’elles ne frappent pas.
Parce qu’elles se glissent doucement dans le quotidien, comme si elles faisaient partie de la vie normale.
La maltraitance, bien souvent, ne ressemble pas à ce qu’on imagine.
Elle ne ressemble pas à une scène dramatique.
Elle ressemble à une ambiance.
À un climat.
À une façon d’être traité… ou de ne pas être traité.
Elle commence souvent très tôt.
Si tôt qu’on ne sait même plus quand ça a commencé.
On sait juste que, quelque part, on a appris à se taire.
À s’adapter.
À comprendre les autres avant de se comprendre soi-même.
Dans plusieurs familles, la maltraitance ne se présente pas comme une violence évidente.
Elle se présente comme une normalité.
Personne ne te demande vraiment comment tu vas.
Pas parce qu’on est méchant.
Mais parce que ce n’est pas dans les habitudes.
Alors tu apprends à répondre « ça va » même quand ça ne va pas.
Tu apprends à ne pas déranger.
À ne pas prendre trop de place.
À sentir quand ce n’est pas le bon moment pour parler.
Tu développes un radar très fin.
Tu sais quand il vaut mieux se taire.
Quand il vaut mieux sourire.
Quand il vaut mieux ravaler ce que tu ressens.
Et personne ne te dira que c’est de la maltraitance.
On va te dire que tu es fort.
Que tu es mature.
Que tu comprends vite.
Mais à l’intérieur, quelque chose commence à se construire :
« L’idée que tes émotions ne sont pas importantes. »
Dans certaines maisons, on ne crie pas.
On ne frappe pas.
Mais on soupire.
On roule des yeux.
On ignore.
Tu parles, et la conversation continue comme si tu n’avais rien dit.
Tu pleures, et on change de sujet.
Tu es triste, et on te dit que ce n’est pas si grave.
Alors tu apprends à douter de ce que tu ressens.
Tu te dis que tu exagères.
Que tu es trop sensible.
Que le problème, c’est toi.
Le silence devient une forme de réponse.
Et tu t’habitues à ce silence.
Tu t’habitues à porter tes émotions tout seul.
Dans d’autres familles, l’amour est conditionnel.
Il est là quand tu es sage.
Quand tu performes.
Quand tu aides.
Quand tu fais plaisir.
Mais il disparaît quand tu déçois.
Quand tu pleures trop longtemps.
Quand tu te fâches.
Quand tu as besoin.
On ne te le dit pas directement.
Mais tu le ressens en dedans.
Tu ressens le froid.
La distance.
Le retrait.
Alors tu fais des efforts.
Tu essaies plus fort.
Tu deviens gentil.
Compréhensif.
Responsable.
Très tôt, tu comprends que pour être aimé, tu dois être utile et là tu entends :
« Je l’aime mon enfant il est tellement utile ! »
Dans certaines familles, tu deviens adulte trop vite.
Pas parce que tu le veux.
Parce qu’il le faut.
Tu comprends les problèmes des parents.
Tu les consoles.
Tu marches sur des œufs.
Tu fais attention à l’ambiance.
Tu sais quand maman est fragile.
Tu sais quand papa est en colère.
Tu ajustes ton comportement pour ne pas empirer les choses.
Et personne ne te dit que ce n’est pas ton rôle.
On te dit que tu es fort.
Que tu es mature.
Que tu aides beaucoup.
Mais à l’intérieur, tu apprends une chose dangereuse :
« Tes besoins passent après ceux des autres. »
Plus tard, cette leçon ne disparaît pas. Elle te suit tout au long de ta vie.
Dans tes relations amoureuses, tu fais pareil.
Tu comprends.
Tu t’adaptes.
Tu excuses.
Tu restes même quand ça te fait mal.
Parce que partir te semble pire que de souffrir.
Au travail, tu en fais trop.
Tu ne dis jamais non.
Tu prends sur toi.
Tu veux bien faire.
Tu as peur de décevoir.
Peur de perdre ta place.
Peur d’être rejeté.
Avec tes amis, tu écoutes tout le monde tout le temps.
Tu parles peu de toi.
Ou alors tu fais des blagues.
Tu minimises.
Tu dis :
« Ce n’est rien !».
Même quand c’est beaucoup.
La maltraitance invisible, c’est aussi ça :
« Apprendre à t’effacer sans t’en rendre compte. »
Elle se cache dans les petites phrases répétées.
Celles qui semblent anodines.
« Arrête de pleurer. »
« Fais pas ton bébé. »
« T’es donc ben sensible. »
« Ce n’est rien, n’exagère pas. »
À force d´entendre ces phrases elles deviennent une voix intérieure.
Une voix qui te juge.
Une voix qui te fait taire.
Une voix qui t’empêche de demander de l’aide.
Et plus tard, quand tu te sens mal, on te dit que tu as un peut-être problème.
Un trouble.
Une difficulté.
On te parle d’anxiété.
De dépression.
De comportement.
Mais rarement on te demande :
« Dans quel climat as-tu appris à vivre ? »
La maltraitance par la négligence est souvent incomprise.
Parce qu’il y avait un toit.
De la nourriture.
Des vêtements.
Mais il manquait autre chose.
Il manquait :
Quelqu’un pour te rassurer quand tu avais peur.
Quelqu’un pour te défendre.
Quelqu’un pour t’expliquer.
Quelqu’un pour t’écouter vraiment.
Alors tu as appris à te débrouiller seul.
À ne plus demander.
À ne plus attendre.
Et aujourd’hui encore, demander de l’aide te semble difficile.
Presque honteux.
La maltraitance par le contrôle est parfois très subtile.
On ne te frappe pas.
On ne te crie pas toujours après.
Mais on décide pour toi.
On invalide ce que tu ressens.
On te fait douter de ta perception.
« Tu te fais des idées. »
« C’est dans ta tête. »
« Tu exagères encore. »
À force, tu ne sais plus si tu peux te faire confiance.
Tu cherches la validation à l’extérieur.
Tu demandes l’avis des autres avant d’écouter le tien.
Et quand tu te perds, tu penses que c’est toi le problème.
La maltraitance invisible est dangereuse parce qu’elle ne semble pas grave.
Parce qu’elle est socialement acceptable.
Parce qu’elle est souvent transmise de génération en génération.
Des parents blessés élèvent des enfants qui apprennent à survivre.
Pas par méchanceté.
Par ignorance.
Par répétition.
Et toi, au milieu de tout ça, tu t’es adapté.
Tu as développé des stratégies :
être fort,
être gentil,
être performant,
être discret,
être utile.
Ces stratégies t’ont aidé à tenir le coup et elles t’ont protégé.
Mais aujourd’hui, peut-être qu’elles t’épuisent.
Peut-être que tu es fatigué sans savoir pourquoi.
Fatigué d’essayer.
Fatigué de comprendre.
Fatigué de faire semblant que ça va.
Si en lisant ce texte, quelque chose en toi vibre,
ce n’est pas parce que tu es faible.
C’est parce que tu reconnais quelque chose de vrai dans ce texte.
Reconnaître la maltraitance, ce n’est pas accuser quelqu’un.
Ce n’est pas condamner.
Ce n’est pas dramatiser.
C’est arrêter de se mentir a soi.
C’est comprendre que ce que tu as vécu a eu un impact.
Que tes réactions ont un sens.
Que ta fatigue n’est pas imaginaire.
Tu n’es pas brisé.
Tu as survécu dans un environnement qui t’a demandé de t’adapter.
Et aujourd’hui, peut-être que pour la première fois,
tu peux simplement te dire :
« Ce que j’ai vécu
est important. »
« Ce que je ressens
a une raison. »
« J’ai le droit
de le nommer. »
Ce texte n’est pas une fin.
C’est le début.
Le début d’un regard plus juste sur toi-même.
Le début d’un peu moins de honte.
Le début d’un peu plus de vérité.
Et parfois,
c’est exactement là que quelque chose commence à se réparer.
Partage
Si ces mots ont mis de la lumière sur quelque chose en toi,
si ça t’a fait réfléchir ou ça t’a fait du bien, et si ça t’a permis de comprendre quelque chose, offre ce cadeau à quelqu’un d’autre :
PARTAGE-LE
Tu pourrais changer la journée ou même la vie de quelqu’un aujourd’hui. On ne sait jamais qui a besoin de lire ces mots-là.
Merci… pour toi, et pour tous ceux qui liront ce texte grâce à toi.
Daniel Lamontagne
Le poids du silence
Commentaires
Enregistrer un commentaire