Le catharisme se distingue par une conception religieuse dépourvue de toute référence à l’enfer et aux miracles, et par une approche de la Trinité sensiblement plus nuancée que celle de l’orthodoxie catholique. Plutôt que de s’appuyer sur une spéculation théologique autour des « personnes coéternelles » pour un Dieu compris comme éternellement trinitaire, la doctrine cathare privilégie l’idée d’une émanation du divin. Cette orientation spirituelle, essentiellement théocentrique et sans recours à l’image, évoque, par certains aspects, la sensibilité des courants protestants libéraux modernes, ou gnostiques dans l’Antiquité tardive, origéniens ou mystiques orientaux
Contrairement à la théologie catholique officielle, les cathares considéraient que tout être vivant — humain, et dans une certaine mesure animal — était « engendré », mais non « créé » dans l’acception traditionnelle du terme. Les inquisiteurs italiens Rainerius Sacconi et Moneta de Crémone avaient déjà relevé cette spécificité doctrinale : selon eux, la création des esprits relevait d’un processus d’émanation, l’être humain participant ainsi de la substance divine elle-même. Jean Duvernoy note à ce propos que Jacques Fournier, évêque et inquisiteur de Pamiers, tentait d’amener les croyants pyrénéens à reconnaître cette thèse jugée hérétique — à savoir que les esprits seraient « de la substance ou partie de Dieu ».
À mesure que cette compréhension dissidente et spiritualiste, d’inspiration docète, s’enracinait et s’institutionnalisait, la foi cathare chercha à se doter d’une légitimité apostolique, autrement dit d’une autorité de substitution face à l’Église romaine.
Duvernoy rappelle qu’avant la croisade albigeoise, le catharisme exerçait une réelle influence auprès de la noblesse occitane et jouissait d’une réputation intellectuelle non négligeable. On ne croyait guère alors que l’Église romaine fût en mesure d’opposer des arguments décisifs aux tenants de cette doctrine. C’est la venue du valdéisme (dissident ou réconcilié) puis la création des Ordres mendiants qui changea la donne .
Les cathares et l'amour du prochain
Cette phrase d’1Corinthiens 13 « Si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien" était pour les cathares non pas une métaphore, mais un énoncé ontologique : il la comprenait comme SI JE N’AI PAS L’AMOUR, JE NE COMPTE PAS ET MËME JE N4EXISTE PAS .. !
Chez les cathares, l’amour du prochain n’était pas seulement un principe moral : c’était le cœur de la vie spirituelle.
Ils cherchaient à vivre selon l’Évangile, notamment les enseignements de Jésus Christ dans le Sermon on the Montagne : -ne pas répondre à la violence par la violence, -vivre dans la simplicité, aimer même ses ennemis, pratiquer la compassion
Pour eux : la vraie foi se voit dans la conduite, la richesse et le pouvoir corrompent l’âme, l’amour et la pureté rapprochent de Dieu.
Les “Parfaits” cathares vivaient ainsi : pauvreté volontaire (sans esprit auto-sacrificiel », végétarisme, refus de tuer, vie itinérante pour enseigner et aider les autres.
Le cœur de leur éthique repose sur une idée radicale : toutes les âmes, sans exception, ont été créées par le Dieu bon et sont prisonnières de la même matière. Le riche et le pauvre, le croyant et l'hérétique, l'homme et la femme — et même, pour les plus radicaux, l'animal — partagent la même condition métaphysique. L'amour du prochain n'est donc pas une vertu sociale, c'est une reconnaissance ontologique : je t'aime parce que tu es, comme moi, une lumière exilée.
PRE-CATHARISME DE L’AN MIL
« Peu de temps après (l’année 1018) apparurent en Aquitaine des manichéens. Ils séduisaient le peuple, le conduisant de la vérité à l'erreur. Ils le persuadaient de nier le baptême, le signe de la sainte Croix, l'Eglise et même le Rédempteur du monde, les honneurs rendus aux saints, les mariages légitimes, la consommation de viande. Ils jeûnaient comme des moines et simulaient la chasteté, mais entre eux ils s'adonnaient à toutes les formes de luxure. Ils étaient les messagers de l'Antéchrist et ils détournèrent de la foi beaucoup de gens simples.
[Année 1022]... A cette époque, dix des chanoines de Sainte-Croix d'Orléans, qui semblaient plus religieux que les autres, furent convaincus d'être des manichéens. Comme ils refusaient de revenir à la foi, le roi Robert les fit d'abord dépouiller de leur grade sacerdotal, puis expulser de l'Eglise et enfin il les fit brûler.
Ils avaient été abusés par un paysan du Périgord qui prétendait faire des miracles et portait avec lui de la poudre de cadavres d'enfants, grâce à laquelle, s'il pouvait approcher quelqu'un, il en faisait vite un manichéen. Ils adoraient le Diable qui leur était apparu d'abord sous la forme d'un nègre, puis sous l'apparence d'un ange de lumière et qui leur apportait chaque jour beaucoup d'argent. Obéissant à ses ordres, ils reniaient en secret le Christ et ils se livraient, de manière occulte, à des abominations et à des crimes qu'il serait honteux de seulement nommer. Mais, en public, ils feignaient d'être de vrais chrétiens.
Cependant, près de Toulouse, furent aussi découverts des manichéens et ils furent brûlés. Apparus en diverses régions de l'Occident, ces messagers de l'Antéchrist s'efforçaient de se dissimuler dans des cachettes et corrompaient autant d'hommes et de femmes qu'ils pouvaient.
Un certain chantre de Sainte-Croix d'Orléans, le chanoine nommé Théodat, était mort trois ans auparavant dans cette hérésie. »
Chronique d’Adémar de Chabannes citée par P. Bonnasie et R. Landes « une nouvelle hérésie est née dans le monde », LES SOCIÉTÉS MÉRIDIONALES AUTOUR DE L’AN MIL, Paris 1992, p. 450.
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